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1989-2019 pour un bilan équilibré : du cri de liberté de 1989 à l’union politique européenne ?

par Mario Telo’, publié le 14 novembre 2019


Author:Юрий Сомов

1. Le mur de Berlin ne s’est pas effondré. Il a été abattu par la révolte populaire des allemands de l’Est. Il serait erroné d’attribuer 1989 uniquement aux facteurs externes, qui ont pourtant joué chacun un rôle important : la victoire des USA dans la guerre froide, grâce à la supériorité technologique et militaire occidentale; la tolérance de l’URSS de Gorbatchev arrivé au pouvoir en 1985 et mettant une fin à la Guerre froide depuis le traité de Reykjavik . Surtout, l’attraction spontanément suscitée auprès des populations des pays de l’Europe centrale et orientale par le modèle d’intégration et développement pacifique de la Communauté européenne , accompagnée par la tournant obtenu surtout grâce à Palme et Brandt par le traité de Helsinki de 1975 : CSCE, coopération Ouest-est, dialogue au niveau de la société civile.

Bien sûr, toutes ces causes externes ont joué et aucune ne doit être négligée, mais 1989 et un grand chapitre de l’histoire de la liberté, comme 1789 ou 1848 ou 1945 : les peuples ont fait l’histoire par des « révolutions démocratiques » (c’était le titre du livre de Ralph Dahrendorf). Malgré les inquiétudes que le retour des nationalismes acharnés suscite, nous ne devons jamais oublier ce qui était l’Europe divisée par le rideau de fer de la période 1947-1989 et être fiers qu’au moins au niveau formel les dictatures ne survivent sur le continent européen qu’en Belarus.

2. Quant aux effets de la chute du mur et de la fin du monde bipolaire qui suivit en 1991 avec l’effondrement de l’URSS, le pessimisme de l’école réaliste (Mearsheimer 1989, Garton Ash 1990) a été désavoué sans aucune ambiguïté : le retour des spectres de l’histoire européenne et notamment de l’impérialisme allemand n’a pas eu lieu. Comme l’a bien décrit Robert Keohane (1991) l’Allemagne réunifiée et de nouveau souveraine en 1990 a cédé en 1991 le symbole de son prestige national, la monnaie (la DM) à la nouvelle UE par le Traité de Maastricht, renforçant les institutions de la nouvelle Union Européenne.

2. La situation actuelle est toutefois très inquiétante car les populations canalisent leurs frustrations dues aux effets de la mondialisation non suffisamment gouvernée, par le nationalisme intolérant et illibéral, notamment en Hongrie et Pologne. Pourquoi ?

Une explication très répandue est que ces Etats ont redécouvert leur souveraineté nationale (apparente) après trente ans d’oppression par l’URSS, de pratiques staliniennes, suivies par la théorie de Brejnev de la « souveraineté limitée » : invasion de la Hongrie en 1956, de Prague en 1968 et menaces à la Pologne à plusieurs occasions. C’est un argument en partie convaincant, mais qui ignore que le cadre n’est pas homogène, le nationalisme est moins prononcé en Slovénie, Slovaquie , Roumanie et dans les pays baltes.

Un gap économique évident résiste aux engagements de l’UE pour la cohésion par les fonds structurels et la PAC dans des pays qui, au départ, connaissaient un décalage économique par rapport à l’Ouest beaucoup plus important, de 1 à 10. Mais, à mon avis, les inégalités économiques et sociales n’expliquent pas tout. Le Portugal, l’Espagne du Sud et l’Italie du sud connaissent également pauvreté et inégalités prononcées, mais cela ne donne pas lieu au nationalisme extrême de l’Europe de l’Est. Le populisme de « 5 étoiles » est une réaction à la corruption et la victoire de Vox une réaction à l’indépendantisme catalan. Une analyse plus complexe et différentiée des changements intervenu pendant la dernière décennie s’impose.

La vitesse de l’élargissement oriental a-t-elle été excessive, comme le soutiennent les critiques de la Commission Prodi? Sur la base des trois Conditions de Copenhague (1993) les pays de la première vagues sont pourtant devenus membres en 2004, 15 ans après 1989, trois ans plus tard la Roumanie et la Bulgarie et encore plus tard la Croatie!. Les conditions de Copenhague (démocratie procédurale, économie de marché et acquis communautaire) n’étaient-elles pas suffisantes pour répliquer le brillant équilibre dynamique entre élargissement et approfondissement qu’avait si bien réussi à l’occasion de l’élargissement ibérique ? De facto, l’élargissement oriental a souvent joué contre l’approfondissement de l’intégration, contre la supranationalité et contre l’acquis communautaire et a bloqué toute réforme des traités européens vers plus d’efficacité et de légitimité. Si la seule raison de l’adhésion est utilitaire, l’échec total de l’élargissement britannique de 1973,sera réitéré tôt ou tard.

A mon avis, un enseignement à tirer de cette expérience de trente ans est que l’éducation des jeunes générations aurait dû être placée en priorité : l’expérience heureuse de l’Allemagne de l’après 1945, transformant le pays le plus nationaliste en le pays le plus pacifiste et antinationaliste d’Europe, n’aurait pas été possible sans le travail de réécriture des libres de cours des écoles primaires et secondaires entamé en collaboration avec les alliés après 1945. Pourquoi on ne crée par une Commission multilatérale européenne pour l’éducation, composé bien entendu par des historiens de tous les Etats membres visant à extirper le nationalisme et l’intolérance, tant interne que contre les voisins, ou contre « Bruxelles » ? Pourquoi ne pas mieux expliquer aux nouvelles générations les raisons profondes de 70 ans de paix en Europe, un événement historique sans précédents, basé sur une pratique de la réconciliation : c’est un message au monde entier, malheureusement négligé, malgré qu’il soit basé sur un fait historique réel. Pourquoi ne pas transmettre l’acquis des sciences sociales, montrant que tous les défis liés à la globalisation sont de nature transnationale et demandent plus d’Europe contre tout retour au nationalisme ? Chaque génération doit être mise en condition de réapprendre la mémoire et savoir quelles tragédies le nationalisme a provoqué aux européens pendant la « guerre des trente ans » du 20ième, avec ses 80 millions de morts. Pourquoi ne pas rajouter cette quatrième condition (une réforme de l’éducation distinguant le patriotisme sain du nationalisme acharné) aux trois de Copenhague en vue de l’élargissement aux Balkans occidentaux, une région profondément divisé par les nationalismes ?

A ces conditions la révolution démocratique de 1989 pourra être achevée : l’étape de l’unification pacifique du continent a été franchie pour la première fois dans l’histoire. Il s’agit, pendant les prochaines décennies, de construire les citoyens européens et de réaliser l’unité politique de l’Europe.

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